Crise énergétique
« Les services de base seront garantis »

Propos recueilli par Thomas Cramatte | Le défi de l’énergie qui touche l’Europe et notre pays n’épargne pas le district. Face au risque de pénurie, l’organisation pour l’approvisionnement en électricité en cas de crise (OSTRAL) a répondu aux interrogations des gestionnaires des réseaux de distribution. Philippe Michelet, municipal en charge des Services industriels de Belmont-sur-Lausanne y était. Interview.
Qu’est-ce que OSTRAL ?
OSTRAL est lié à l’approvisionnement économique du pays (AEP). En cas de risque de pénurie grave, OSTRAL est activée afin de piloter la production et la consommation électrique. En tant que Gestionnaire de Réseau de distribution (GRD), notre commune appliquera les mesures édictées par cette organisation nationale.
En cas de crise, quels scénarios ont été abordés ?
Premièrement, nous avons le rationnement (contingentement) des grands consommateurs, avec une réduction de leur approvisionnement en électricité mensuel ou journalier. En dernier recours, des actions de délestage seront appliquées. Car il s’agit de couper le courant de manière localisée pour soulager le réseau électrique.
Quels sont les risques en cas de coupure de courant ?
En cas d’interruption du réseau de basse tension, la priorité pour les communes est de garantir les services de base des citoyens. L’accès à l’eau, permettre de se chauffer ou de s’approvisionner en nourriture par exemple. Il a été calculé que des coupures de quatre heures permettraient de soulager suffisamment le réseau sans constituer de risques importants pour la population et les appareils électriques.
Des interruptions de plus longue durée sont-elles possibles ?
Nous ne pouvons pas l’exclure complètement. Mais le discours des médias et celui des professionnels de l’électricité est différent. Même si les fournisseurs ne cachent pas qu’il peut y avoir un problème d’approvisionnement, le discours est moins anxiogène.
Aujourd’hui, nous sommes dans une situation ordinaire, il n’y a donc aucune raison de s’alarmer. Cependant, il est logique que les communes anticipent un scénario de pénurie. Les interruptions de plus de quatre heures nécessiteraient de gérer le sentiment d’insécurité et l’inaccessibilité aux services de base durant quelques heures. Chaque propriétaire d’une installation critique devra effectuer sa propre analyse sous un aspect technique afin de déterminer la capacité de réactivation de ses installations après chaque interruption.
On entend beaucoup de chose sur le risque de pénurie, mais sommes-nous certains de passer l’hiver au chaud ?
Le parc nucléaire français va être entièrement réactivé. Cela veut dire que si le planning de février annoncé par nos voisins est respecté, nous ne devrions presque pas ou même pas du tout avoir de problèmes. Mais il faut être clair, cela va se jouer à pas grand-chose. L’urgence aujourd’hui est d’aller chercher une source d’économie.
On entend souvent dire que l’Etat vaudois manque d’anticipation, qu’en pensez-vous ?
Il serait judicieux d’inciter les communes et les entreprises à faire des analyses plus précises en matière d’économie. Le gouvernement devrait réfléchir à subventionner ce genre de procédure pour accompagner intelligemment le besoin de rationaliser. Mais aujourd’hui, même la Confédération n’est pas en mesure d’avoir une vue détaillée de la consommation électrique.
Pourquoi ?
Si Swissgrid (gestionnaire de réseau national) permet d’avoir une vision de la production et de la consommation globale, l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) va, de son côté, demander ces informations aux distributeurs d’énergie (Romande Energie, SIL, Groupe E, etc.). Un travail administratif qui demande du temps. Nous avons appris lors de la séance OSTRAL que des outils sont en train d’être mis en place pour aller plus vite et apporter des mesures plus précises. Car il serait nécessaire d’avoir une vue détaillée de la consommation dans chaque région au quart d’heure.
Quand cela sera-t-il possible ?
L’année 2027, date limite pour la mise en place des compteurs individuels bidirectionnels, a été évoquée. Aujourd’hui, les seules mesures disponibles sont celles présentes dans les transformateurs des distributeurs.
Ces nouveaux compteurs pourront-ils être pilotés à distance ?
En cas de pénurie, il sera probablement possible d’ajuster tous les compteurs pour garantir une bonne répartition de l’énergie.
Quelle est la marge de manœuvre de votre commune en cas de contingentement ?
Nous devrions nous demander quels sont les éléments que nous devrions prendre en compte pour continuer à fonctionner. Cela englobe autant l’administration que le fonctionnement à proprement parler. En d’autres termes, c’est ce que peut être sacrifié pour garantir l’accès aux services de base de nos citoyens ! D’ici une quinzaine de jours, nous allons organiser une cellule de crise afin de définir les éléments que nous pouvons maîtriser.