La petite histoire des mots
Electricité

La crise énergétique qui touche l’ensemble de l’Europe, et donc la Suisse, fait non seulement craindre une hausse sensible des prix de l’énergie pour l’industrie et les ménages, mais aussi de possibles interruptions de notre approvisionnement en électricité, cet hiver. La réduction, voire l’interruption des livraisons de gaz russe, utilisé pour produire du courant, est la cause principale des difficultés qui s’annoncent.
On pourrait croire, à priori, que le mot « électricité », qui définit cette forme d’énergie qui nous est aujourd’hui si familière, est relativement récent. Ce n’est pas le cas ! Le mot nous vient des Grecs de l’Antiquité qui utilisaient le terme « êlektron » pour désigner l’ambre, cette résine dure et cassante, dont la couleur varie du jaune pâle au rouge ; à ne pas confondre avec l’ambre gris qui est une concrétion intestinale du cachalot. Lorsqu’on le frotte avec, par exemple, un drap sec, l’ambre réagit comme un aimant et attire des particules légères comme des grains de poussière ou des cendres. L’astronome et géomètre Thalès, qui vécut entre 625 et 547 av. J.-C, dans la cité de Milet, dont le site archéologique est situé sur la côte sud-ouest de l’actuelle Turquie, était fasciné par ces propriétés. Il pensait que l’ambre jaune dissimulait une « âme vivante » capable de « communiquer la vie » aux choses inanimées. Même si Thalès n’a jamais pu expliquer ce phénomène qu’il n’a que très superficiellement observé, certains disent de lui qu’il fut le « premier électricien » de l’histoire. Notons au passage que, dans l’Antiquité, on connaissait déjà les propriétés des aimants. Certains les désignaient sous le nom de « pierres de Magnésie », une autre cité grecque d’Asie mineure, d’où nous vient le mot « magnétisme ».
Pour en revenir à lui, l’« êlektron » grec se transforma en « electricus » chez les Latins. Au XVIe siècle, William Gilbert, médecin de la reine Elisabeth et du roi Jacques Ier d’Angleterre, passionné par le magnétisme terrestre, s’intéressa aux différences entre les propriétés de l’ambre frotté et celles des aimants. Il constata que l’aimant n’attirait que le fer, tandis que l’ambre, lui, pouvait attirer des matériaux très divers. Il découvrit que certains matériaux, tout comme l’ambre, pouvaient acquérir par frottement cette propriété d’attirer des corps légers et il dressa une liste de ces matières. Il désigna leurs propriétés en forgeant l’adjectif anglais « electric », inspiré des anciens, puis le substantif « electricity ». Pour avoir su différencier les propriétés électriques et magnétiques, William Gilbert fut qualifié de « père de l’électricité moderne » par le savant anglais Joseph Priestley dans son « Histoire de l’électricité », paru à Londres en 1767. En français, le mot « électricité », emprunté donc à l’anglais, fit son apparition dès le milieu du XVIIe siècle pour désigner cette forme d’énergie.
De nos jours, l’électricité peut être produite en exploitant des combustibles fossiles (charbon, pétrole ou gaz naturel), des combustibles organiques (biomasse ou déchets) ou par le recours aux énergies hydraulique, nucléaire, géothermique, éolienne et solaire. Au rythme de l’actuelle flambée des prix et des risques de « black-out », on se consolera cet hiver avec cette gentille citation de l’abbé Pierre : « Un sourire coûte moins cher que l’électricité, mais il donne autant de lumière ».