Mézières – Chef d’œuvre à la Grange sublime
Le Messie de Haendel au Théâtre du Jorat du 23 au 25 juin

Frédéric Dang | Nous avons tous en tête son « Hallelujah », mais le Messie de Haendel ne se résume pas à cet air célèbre. Il comporte une cinquantaine de chœurs et de parties solistes. Il sera donné sous une forme inédite par l’Ensemble Choral de la Côte (ECC) les 23, 24 et 25 juin prochains au théâtre du Jorat à Mézières.
Rompu à l’interprétation de pièces d’oratorio et d’art sacré, l’Ensemble Choral de la Côte a toujours cherché à se confronter à d’autres expressions vocales enrichissantes. Tous les quatre ans environ ses quelque soixante chanteurs et leur chef, Christophe Gesseney, se lancent dans un projet majeur, conjonction entre une grande œuvre du répertoire et un éclairage artistique inédit.
Pour l’ECC, l’année 2022 revêt une saveur particulière puisqu’elle voit les soixante ans du chœur et les trente ans de direction de Christophe Gesseney. Pour fêter tout cela une grande œuvre et un grand lieu s’imposaient : ce sera le Messie de Haendel au théâtre du Jorat à Mézières. La « Grange sublime », construite en 1908 sur l’instigation de René Morax, a dès ces premières années proposé des œuvres dramatiques et des créations. Entre tradition et modernité c’est un bijou architectural, fragile et imposant, classé monument historique depuis la fin des années 1980, elle offre au public une acoustique exceptionnelle.
Composé en 1741, le Messie compte parmi les œuvres les plus connues du compositeur allemand devenu anglais. Ecrit pour chœur, solistes et orchestre sur un livret de C. Jennens, inspiré des Evangiles et des Prophètes, il célèbre les différentes étapes de la vie du Christ. Ce chef d’œuvre baroque est un monument dont l’exécution totale dure plus de deux heures. L’ECC en propose une version d’une heure quarante minutes, réduite aux pièces les plus connues mais dans une approche inédite qui propose une version scénique au lieu de la version de concert habituelle.
Le spectacle a comme fil rouge un livret de Roger Bucher librement adapté de la nouvelle de Stefan Zweig « La résurrection de Georg Friedrich Haendel ». Parue en 1927 cette dernière nous raconte comment Haendel malade, en proie au doute et au désespoir va réussir à composer son Messie en un véritable marathon de vingt et un jours et vingt et une nuits, porté par un élan quasi-divin.
Dans une mise en scène d’Antonie Schoch, ce processus de création et de cette « résurrection » personnelle nous sont racontés par deux comédiens. Jean-Paul Favre dans le rôle de Georg Friedrich Haendel et Olivier Lafrance en celui de Stefan Zweig, dialoguent par chœur interposé à deux cents ans d’écart sur le miracle de la composition de l’œuvre. Face à eux, et avec eux, les choristes et les solistes également mis en scène incarnent l’œuvre en train de s’écrire.
Ce spectacle constitue la troisième collaboration de l’Ensemble Choral de la Côte avec le Théâtre du Jorat, après le Requiem de Mozart en 2012 et les Carmina Burana en 2016. Les choristes ont commencé à y travailler voilà près de deux ans en répétant par zoom durant la pandémie. Leur enthousiasme n’a jamais faibli et leur engagement les a même menés à pratiquer la couture et le « design » de costume. Tout l’Ensemble Choral de la Côte attend donc avec impatience la rencontre avec le public pour un moment de partage, voire de communion et de « résurrection ».
