“Les Misérables” – Vive la République ?
“Les Misérables”. Fiction de Ladj Ly

Colette Ramsauer | Lorsque Stéphane intègre la Brigade anti-criminalité de Montfermeil en Seine-Saint-Denis, il ne peut imaginer la première journée de travail qui l’attend. Récit d’une journée particulière, thriller parfaitement réussi du cinéaste Ladj Ly, natif du lieu.
Contact avec une réalité
Lors des émeutes du 14 octobre 2008, le cinéaste a filmé lui-même les scènes des troubles. Son premier long métrage de fiction s’en inspire après divers clips et documentaires sur le sujet. Il nous immerge dans les quartiers peu favorisés qui pourraient rappeler Les Misérables de Victor Hugo. Car, dans “Les Misérables” de l’ère Macron, Gavroche est noir et s’appelle Gaveloche, Cosette sa mère est une travailleuse à bout de forces. Des bandes de jeunes désœuvrés font la loi. La violence verbale est omniprésente, et lorsque la voiture des forces de l’ordre fait sa ronde dans les zones sensibles, l’atmosphère est tendue à l’extrême. Dans l’habitacle du véhicule, Stéphane apprend à connaître Chris et Gwada, ses coéquipiers de la police de proximité. Il vit les premières interventions de routine de ce premier jour, sur un trottoir où des adolescentes prétendent attendre le bus, sur un marché où des vendeurs défendent leur ayant-droit. Le vol d’un lionceau dans un cirque donne le coup d’envoi à une chasse-poursuite qui mettra les trois policiers à rude épreuve. De plus, alors qu’un d’eux dérape, un drone innocent les filme à leur insu.
Acteurs amateurs
De la violence des coups de crosse de flash-ball et de matraque, d’une violence verbale peu imaginable, le spectateur peine à se remettre. L’ultime scène, heureusement, en dit long sur ce que l’humain porte de bon au fond de lui-même. Les acteurs, dont la plupart non professionnels, sont d’une justesse inattendue.

«Les Misérables» France 2019, 102’, Policier, drame de Ladj Ly – Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril, Didier Zonga et la participation de Jeanne Balibar
Candidat à la Palme d’Or, sélectionné pour l’Oscar 2019
Au cinéma d’Oron samedi 23 et dimanche 24 novembre à 18h
A la veille des JO
CR | Le département de Seine-Saint Denis au nord de la capitale est le plus pauvre de l’Hexagone. Près d’un tiers de la population (1,5 million) vit en dessous du seuil de pauvreté. L’afflux migratoire est important, les immeubles et infrastructures sont en décrépitude. Les maires ne maîtrisent plus le sort des communes. C’est bien là pourtant que se dérouleront en 2024 les prochains Jeux olympiques d’été. Ce mois de novembre s’est ouvert le chantier du village des athlètes dont les bâtiments seront réaffectés en logements à loyer modéré. Les promesses sont belles mais ne suffisent pas à effacer d’autres réalités comme celle du trafic de drogue ou du taux élevé de criminalité, qui ont appelé à une forte augmentation des postes de policiers et de magistrats. C’est dans ce contexte qu’évolue le film «Les Misérables» de Ladj Ly. Un film captivant, qui vous tient de bout en bout. Et qui questionne sur le rôle de La République.